09 04 2010
Nouvelle saison culinaire
chez la famille Bras
… ou pourquoi il faut absolument aller vivre quelques heures au Suquet!
Michel Bras naît à Gabriac en Aveyron en 1946. Il fait ses études au collège d’Espalion à quelques encablures de l’entreprise familiale, l’hôtel-restaurant » Lou Mazuc » de Laguiole. L’Aubrac et la cuisine le fascinent. Dès la sortie du collège, guidé par sa mère, il est initié à la cuisine du terroir. Et cette complicité perdure.
Difficile de quitter Laguiole, donc pas de formation extérieure, pas de passage dans les brigades, pas de Tour de France. Michel Bras s’instruit seul, laissant parler son intuition. Il étudie avec passion la littérature culinaire, se nourrit de grands penseurs : Saint-Augustin, Lamartine, Saint-Exupéry, Ernest Renan, Francis Ponge… Il court le long des chemins, butine, croque, contemple, médite. Il trouve finalement son chemin de cuisine.
Mais pour réaliser cela, Michel Bras n’est pas seul. Ginette, est née à Soulages, pas loin ; elle aussi, elle aime passionnément la nature, le vivant, et s’imprègne des vérités que l’on rencontre dans cette contemplation quotidienne des arbres, des prés, de la renaissance printanière, des pierres recouvertes de lichens qui dessinent des chemins imaginaires, des ruisseaux qui tracent de longues lignes bleues et stridentes sur le plateau. Alors, elle va elle aussi entrer dans un quotidien qu’elle n’avait pas imaginé et ensemble, ils vont permettre à » Lou Mazuc » d’acquérir une solide renommée.
Mais ils veulent aller ensemble jusqu’au bout de ce cheminement; installer leur restaurant au milieu de leur nature. C’est ainsi qu’en 1992, s’ouvre le Suquet, en osmose parfaite avec l’environnement de lumière, de pierre et de végétal du plateau d’Aubrac.
Ils choisissent la cistre pour emblème, une plante délicate, discrète, fragile, ne tolérant aucune souillure, dissimulée au regard de l’homme pressé, qui symbolise leurs personnalités.
Et l’exigence qui ne les quitte jamais va les tarauder chaque jour un peu plus et les accompagner dans la réalisation de ce lieu incroyable posé entre ciel et terre, lieu d’accomplissement d’un projet fou : donner à vivre un moment de méditation de la nature, vrai, total, sincère, et offrir en partage cette nature qui s’offre devant nous. Chaque détail compte, chaque obsession vaut, rien ne peut désormais entraver cet amour pour le vivant qui s’exprime en tout au Suquet. Le gargouillou explose en bouche, la lotte à la blancheur nacrée dans son jus d’encre noire raconte les combats des ciels d’Aubrac, le coulant au chocolat impose l’expérience personnelle, on se rencontre soi-même là et c’est bien ce qu’on construit Ginette et Michel. Ce dont la lumière qui a envahi leurs regards témoigne.
Ginette et Michel ne nous convient pas uniquement à déguster une cuisine créative ni à venir faire une halte dans une chambre sur le plateau. Loin de là, ils nous invitent à partager un regard, une compréhension, un amour pour la nature et une foi en l’homme inébranlables. Déguster certes, dormir et se réveiller suspendu dans l’air du plateau, mais surtout et pour toujours faire cette expérience de soi en totalité avec le ciel et la terre.
Aujourd’hui, ils s’effacent doucement, rassurés par la qualité sans faille du travail de Sébastien et Véronique. Et eux repartent sur les chemins, croquer, butiner, contempler, méditer… planter quelques graines qui deviendront simples, herbes aromatiques, légumes fleurs ou racines, fruits chauds et sucrés parce que la vie est un éternel recommencement.




