29 05 2009
L’affaire de Sibylle

La première fois que je l’ai vue, elle avait ses cheveux défaits, longs, roux, en bataille comme ceux d’une petite fille qui se serait roulée dans une meule de foin pour rire. Mais l’allure démentait cette désinvolture, un veston impeccable, délicatement appuyé, d’un gris anthracite évoquant le macadam lavé par une pluie d’orage, doublé de soie mauve. Sur un jean.
Son regard qui lui dévore le visage me captivait. Nous avions sans doute des choses à nous dire mais l’entrevue fut brève. Depuis nous travaillons ensemble et nous parlons peu.
Elle s’appelle Sibylle Grimbert et est, avant tout, écrivain. Son dernier roman, Toute une affaire, paru aux Editions Léo Scheer, a finalement comblé toutes les questions que je pouvais me poser lors de notre rencontre. Comblé les silences, les vides habités. Il s’agit d’une crise dit-elle, d’une colère, une révolte à mon sens, d’une rébellion féminine que n’aurait pas reniées ces femmes écrivain qui nous suivent toute notre vie, de George à Virginia… Une révolte face à la pesanteur du monde, du poids de l’histoire, des prédestinations familiales et de l’incapacité que l’on a à s’émanciper de ces regards et de ces mots. Une révolte contre ce qu’elle a construit patiemment et dont elle sait qu’il ne sert à rien de fuir… sa valise toujours prête dans le vestibule. Et l’écriture, simple, évidente, subtile, imprime un rythme qui confine à la folie.
Je ne saurais trop vous recommander cette rencontre.
Toute une affaire, Sibylle Grimbert, Editions Léo Scheer, 2009




