09 06 2008

Emoi: Yves Saint Laurent s’absente

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Je me souviens d’avoir eu la chance durant de longues années d’assister aux défilés de Haute Couture d’Yves Saint Laurent? Fin des années 80, début des années 90. Deux fois par an, regarder un travail hors et dans le temps. Hors du temps, la manière de faire, un geste détaché du monde au nom de l’élégance. Dans l’époque, la volonté jamais démentie de vouloir donner aux femmes les armes de leur pouvoir véritable. Et toujours, ce sentiment que le corps de la femme, son attitude, constituent la feuille blanche sur laquelle le couturier conçoit les vêtements, des vêtements qui révèlent, qui racontent, qui donnent.

La couleur m’a toujours paru audacieuse, son maniement toujours juste. Tons vifs, premiers, sur soie souple pour un mouvement irradiant. Des bleus durs, des jaunes d’or, des roses shoking, des rouges orangés. Mais aussi du noir, du blanc, du marine pour structurer une silhouette en tailleur pantalon, lui donner ce trait énergique, émotionnel, essentiel.

J’ai toujours eu le sentiment de voir le trait s’animer, sortir de la page, devenir réalité. Sans doute parce que celle-ci n’avait finalement que peu d’intérêt au regard de la culture et des choix d’Yves saint Laurent. Plus peintre, plus sculpteur, il incarnait l’unique exemple d’un artiste en mode.

Dimanche dernier, une forme de beauté s’est absentée du monde.